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Rachel et la Comédie

Rachel et la Comédie-Française On peut qualifier de passionnées, tumultueuses et décisives les relations qu’entretint Rachel avec la Comédie-Française. Pour les uns, elle a sauvé le Théâtre de la faillite, pour les autres, elle a contribué à saper ses fondements institutionnels. Elle a du moins été incontestablement une des plus grandes comédiennes de son histoire.
Née le 28 février 1821 de Jacob et Esther Félix à Mumpf (Suisse), baptisée Elisa, elle grandit dans un extrême dénuement au sein de cette nombreuse famille de marchands ambulants. En 1831, la famille s’installe à Paris et elle fréquente l’école de musique de A. Choron avec sa sœur Sarah tout en continuant à vendre dans la rue des brochures dramatiques. En 1834, recommandée par Choron, elle entre au cours d’art dramatique de Saint-Aulaire, avant d’être remarquée par le comédien et professeur Samson, ainsi que par Védel, caissier du Théâtre-Français. Admise au Conservatoire, elle y reste peu de temps et préfère s’engager immédiatement dans la carrière théâtrale, au Gymnase où elle débute dans La Vendéenne de P. Duport en 1837. Néanmoins, elle se rend vite compte que le répertoire du Gymnase ne lui convient pas et préfère suivre les cours de Samson qui la forme à la tragédie.
Le 17 avril 1838, Rachel, mineure, et ses parents, signent un contrat d’engagement avec la Comédie-Française. La Comédie-Française était alors dans une position difficile financièrement. Chez les sociétaires, la troupe était incontestablement dominée par Mlle Mars ; la comédie était mieux servie que la tragédie par des comédiens qui n’avaient pas su véritablement convaincre le public dans le répertoire romantique. L’engagement de la jeune pensionnaire vient bouleverser les équilibres. Dès 1840, le peintre Geffroy auteur de nombreux portraits collectifs des Comédiens-Français, la représente au premier plan dans son costume de Camille, aux côtés de Mlle Mars en Célimène, lui disputant la vedette en dépit de sa jeunesse.
Le 12 juin 1838, Rachel fait ses premiers débuts dans Camille d’Horace de Corneille, puis enchaîna sur Emilie dans Cinna de Corneille (16 juin), Hermione dans Andromaque de Racine (9 juillet), Aménaïde dans Tancrède de Voltaire (9 août), Eriphile dans Iphigénie de Racine (16 août), Monime dans Mithridate de Racine (5 octobre), Roxane dans Bajazet de Racine (23 novembre). Des débuts anormalement longs puisque habituellement, les comédiens débutants n’avaient droit qu’à quelques représentations de débuts pour lesquelles ils avaient la priorité sur les chefs d’emploi, avant de languir ensuite dans leur ombre, guettant leurs défections pour les remplacer dans les premiers rôles. Cette situation mène d’ailleurs la Comédie à la crise, dite « crise de Bajazet » à l’automne 1838 devant la révolte des chefs d’emploi. Mais le théâtre se rend vite à l’évidence : depuis l’arrivée de Rachel dans la troupe, la tragédie connaît un regain de faveur, et surtout, les recettes montent en flèche lorsqu’elle est à l’affiche. On augmente alors ses appointements et au début de l’année 1839, les sociétaires lui offre une couronne en gage de leur estime et admiration. Chacune de ses apparitions est saluée par le public et la critique. Maigre, petite, son talent inné et l’enseignement infaillible de Samson la transfigurent sur scène. Elle semble brûler d’un feu intérieur qui provoque un enthousiasme général.
En 1839, elle prend le rôle d’Esther (Esther, Racine), de Laodice (Nicomède, Corneille), de Dorine (Tartuffe, Molière), puis en 1840 de Pauline (Polyeucte martyr, Corneille), Marie Stuart (Marie Stuart, Lebrun). Le 8 mars 1840, Védel démissionne, privant Rachel de son plus fidèle soutien au sein de la troupe qui commence à la jalouser. La troupe est livrée à elle-même sur le plan financier, mais Buloz, commissaire du Roi, est chargé de la surveillance du Théâtre-Français. Il entre en conflit avec Rachel qui signe un nouveau contrat le 3 avril 1840, dans des conditions très avantageuses, encore améliorées en 1842 lors de sa nomination au sociétariat.

En 1842, elle reprend les rôles de Chimène (Le Cid, Corneille), Ariane (Ariane, T. Corneille), Frédégonde (Frédégonde et Brunehaut, Lemercier). Néanmoins, elle joue de moins en moins, souvent souffrante, ou engagée dans l’une des nombreuses tournées qui ont contribué à épuiser sa santé. En 1843, elle connaît son plus grand succès dans le rôle de Phèdre (Phèdre, Racine), puis en 1844 dans Bérénice (Bérénice, Racine), Isabelle (Don Sanche d’Aragon, Corneille), Catherine (Catherine II, Romand), en 1845 elle s’empare de Virginie (Virginie, Latour de Saint-Ybars), Electre (Oreste, Voltaire), en 1846 de Jeanne d’Arc (Jeanne d’Arc, Soumet). Le 23 septembre 1846, elle démissionne, scandalisée par les soupçons que font peser ses camarades sur ses prétendues maladies. Elle est épuisée par ses tournées. Les comédiens aux abois devant la baisse de fréquentation acceptent qu’elle soit engagée à nouveau un mois après, mais ses relations avec la troupe sont irrémédiablement détériorées. En 1847, elle prend les rôles de Athalie (Athalie, Racine), Cléôpatre (Cléôpatre, D. de Girardin), en 1848 de la Muse du Théâtre (Le Roi attend, G. Sand), Lucrèce (Lucrèce, Ponsard), en 1849 de Lesbie (Le Moineau de Lesbie, Barthet), Adrienne Lecouvreur (Adrienne Lecouvreur, Scribe et Legouvé).
La réforme administrative de la Comédie-Française est en marche dès 1848. Rachel y voit l’occasion de faire nommer un directeur qui lui serait favorable et elle fait nommer Arsène Houssaye au poste d’administrateur en 1849. Elle est donc à l’origine de la plus importante évolution administrative depuis le décret de Moscou en 1812 : désormais, les comédiens ne s’administrent plus eux-mêmes mais sont dirigés par un administrateur nommé par le gouvernement.
Elle démissionne à plusieurs reprises, est à nouveau engagée comme pensionnaire « exceptionnelle » en 1849, puis réintègre le sociétariat l’année suivante, dans des conditions toujours très favorables, l’année où elle s’essaie dans Gabrielle (Mlle de Belle-Isle de Dumas), La Tisbe (Angelo, tyran de Padoue, Hugo). Sa santé de plus en plus fragile se détériore au fil des tournées de plus en plus lointaines : Angleterre, Allemagne et Autriche (été 1850), Angleterre, Belgique, Prusse, Saxe, Bohême, Autriche, Hongrie, Italie (juin-novembre 1851), Russie (1853), Amérique (elle donne sa dernière représentation à Charleston le 18 décembre 1855). Durant cette période, elle ne joue au Théâtre-Français que de manière exceptionnelle, mais reste pourtant sociétaire jusqu’à son décès le 3 janvier 1858.
Rachel, plus grande comédienne de son temps, est aussi une des premières « stars » adulées du public, et auxquelles le Théâtre-Français passe bien des caprices. Philoclès Régnier, comédien avisé qui a laissé de nombreuses réflexions sur le théâtre de son temps analyse ainsi ce nouveau phénomène et rejette l’idée que Rachel aurait sauvé la Comédie de la faillite par son charisme personnel : « Si Rachel a été la gloire du théâtre français, elle en a aussi été la ruine. Elle a su, Dieu sait avec quel art, paralyser tout autour d’elle au profit de sa seule individualité. Si nous étions sans pièces nouvelles elle refusait de jouer, elle espaçait ses représentations jusqu’à ce que l’attente du public lui eut assuré une salle pleine qui contrastait avec le vide des jours intermédiaires. Une comédie nous donnait-elle un succès, on était sûr alors de son zèle, elle se jetait aussitôt avec ses meilleurs rôles, entre nos jours de représentation, s’efforçant autant qu’il était en elle de détruire un succès obtenu sans son concours. Sa volonté de tout rapporter à elle, d’essayer de prouver qu’en dehors d’elle le théâtre français n’existait point, était poussé à cet excès que si un ouvrage dans lequel elle avait un rôle obtenait un grand succès, elle arrivait à en prendre de l’humeur, elle ne voulait pas laisser croire que la pièce dans laquelle elle jouait entrait dans quelque chose dans le succès, elle demandait à revenir aux vieux répertoire, désespérant l’auteur en son triomphe, ce qui faisait dire à Scribe qu’il était également préjudiciable pour un auteur, au théâtre français, d’avoir Rachel comme interprète ou de ne pas l’avoir. »
Le sacrifice de l’esprit communautaire cher aux Comédiens-Français au bénéfice de cette comédienne providentielle a-t-il définitivement changé les choses ? L’évolution administrative semblait nécessaire en raison des difficultés financières constantes et croissantes au cours du XIXe siècle. Aussi, l’intervention de Rachel est sans doute décisive quant à la nomination de l’administrateur Arsène Houssaye, mais l’est sans doute moins concernant l’apparition de la fonction d’administrateur qui semblait inévitable depuis longtemps.

Agathe Sanjuan, conservateur-archiviste de la Comédie-Française Février 2011

Bibliographie :
Chevalley, Sylvie. Rachel : « j’ai porté mon nom aussi loin que j’ai pu… », Paris, Calmann-Lévy, 1989.
Rachel, une vie pour le théâtre (1821-1858), (exposition du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme), Paris, Adam Biro, 2004.

 
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